Dans la perversion (qui est le régime du plaisir textuel) il n'y a pas de "zones érogènes" (expression au reste assez casse-pieds); c'est l'intermittence, comme l'a bien dit la psychanalyse, qui est érotique: celle de la peau qui scintille entre deux pièces (le pantalon et le tricot), entre deux bords (la chemise entrouverte, le gant et la manche); c'est ce scintillement même qui séduit, ou encore: la mise en scène d'une appartition-disparition. Ce n'est pas là le plaisir du strip-tease corporel ou du suspense narratif. Dans l'un et l'autre cas, pas de déchirure, pas de bords: un dévoilement progressif: toute l'excitation se réfugie dans l'espoir de voir le sexe (rêve de collegien) ou de connaître la fin de l'histoire (satisfaction romanesque).
Roland Barthes Le plaisir du texte

No comments:
Post a Comment